Petit coming-out : j’adore regarder le catch. Et j’ai beaucoup ri en voyant cette scène :
(Scène, parce que oui, je suis pas neuneu, tout est scénarisé, mais c’est ça qui me plait justement : c’est mal joué, y a des rivalités et bagarres dans tous les sens, des gentils, des méchants… Un équivalent de série B (ou Z, je ne sais pas trop) soupoudré de Feux de l’amour à se mettre sous la dent chaque semaine.)
*Intermède explicatif : Daniel Bryan, le monsieur qui parle, est le champion poids lourds, titre obtenu et gardé par opportunisme, chance, filouterie ou ce que vous voulez, au détriment du Big Show (qui lui est un vrai poids lourd et doit faire le double de sa carrure). La fille mignonne qui intervient, c’est AJ, sa petite amie – diva, qui a été accidentellement blessée par le-dit Big Show.*
En tant que végétarienne (et je ne prétend nullement parler au nom des végétariens), j’aime bien le côté incongru de la chose. Un gars bodybuildé en slip qui fait une (longue) apologie du végétarisme. Discours interrompu par l’intervention de Big Show déclarant qu’il n’a pas pu venir plus tôt car il dégustait un gros steak.
Sachant que ce discours n’a clairement pour but que de monter le public contre lui, il y a un truc qui, mine de rien, est terriblement véridique et touche à une corde sensible : être végétarien entraine toujours des réactions de la part des gens qui nous entourent. Et quand ce n’est pas de l’incompréhension, c’est carrément de l’agressivité.
Dans le cas présent, on peut dire qu’il le cherche bien, mais imaginez qu’au final cette scène n’est qu’une caricature de la réalité. Sans cesse, des questions sur le pourquoi du comment, les blagues sur le cri de la carotte, les remarques sur une supposée mauvaise santé, les discours sur le fait que c’est contre-nature, etc. Cela peut même aller jusqu’à de longues tirades cherchant à me faire culpabiliser : oui, c’est mon unique faute de végétarienne si les éleveurs français n’arrivent plus à vivre.
Après plus de cinq ans de végétarisme, je pense cerner plus ou moins pourquoi j’ai toujours droit à ces réflexions : être végétarien, c’est avoir un jour fait un choix. Et ce choix, mine de rien, remet en cause (en effet) un mode alimentaire qui est historiquement la norme en France. Du coup, même si à aucun moment je ne fais acte de prosélytisme, même si je ne me suis jamais permise de juger quelqu’un sur son alimentation, le seul fait d’annoncer que je suis végétarienne, c’est un peu avoir le rôle du trublion moralisateur qui par son choix de vie remet profondément en cause celui des autres. Je porte en moi le côté insupportable de Daniel Bryan.
Mais s’il-vous-plaît, mesdames et messieurs les omnivores, il y a une chose que j’aimerais que vous voyiez : mon point de vue, c’est celui de la personne toute seule au milieu du ring, face à une foule tantôt me huant, tantôt me moquant (cf. la blague du Big Show). Et ce n’est pas quelque chose de simple.
Je sais que ce que je raconte n’est ni la plus fine, ni la plus poussée des analyses. Je sais que ça pourrait sembler un peu prétentieux, mais je crois que j’en ai juste assez de sans cesse devoir me justifier, alors que je ne fais rien de mal.